Céline MARTIN.

Les ados s’épanchent sur les applis de leur smartphone dématérialisant le cahier intime. Yoann Hercouët (Saint Michel En Web) a conçu une version, téléchargée à 5 millions d’exemplaires. Il vient de Chine pour la développer à Lannion.

Le bon vieux journal intime, orné de son petit cadenas, a du souci à se faire. En fait, il se pourrait même que son sort soit scellé : comment pourrait-il encore résister, à l’heure où tant d’ados s’épanchent sur leur smartphone à coups de textos et de réseaux sociaux ?

Nombre de développeurs ont flairé le bon filon et accompagnent son utilisation exponentielle à coups d’applications dédiées aux jeunes. Le Trégorrois Yoann Hercouët, 33 ans, est de ceux-là : il fait sauter le verrou du journal intime traditionnel avec son appli, baptisée « Handy diary » qui en est ni plus ni moins la version dématérialisée, numérique.

700 000 utilisateurs réguliers

« Les ados y postent leur humeur du jour à coups d’icônes, consignent leurs pensées, inscrivent des phrases marquantes » détaille l’informaticien, qui prend soin de travailler le côté girly de son journal intime. « Ils disposent aussi d’options pour filtrer, personnaliser leur journal, l’ouvrir partiellement à l’entourage » Question coût, pour l’utilisateur, « la version basique est gratuite et coûte jusqu’à 3 € avec toutes les options ». Téléchargée à 5 millions d’exemplaires, l’appli compte 700 000 utilisateurs actifs. Tout a commencé loin d’ici…En Chine.

De stage de fin d’études en propositions d’embauche, le jeune informaticien Costarmoricain se retrouve en 2007 en Chine, à Shangaï. En parallèle de son emploi dans une entreprise chinoise, Yoann Hercouët se met en tête de « développer une appli sur Androïd. Un terrain de jeu suffisamment libre et vaste pour l’exploration », comme il dit.

En quête d’un bon concept, le jeune homme cherche une appli qui entrerait dans le quotidien des gens, « afin d’en garantir une utilisation très régulière ». Pas comme ces jeux, qu’on télécharge et teste une fois, avant qu’un autre le détrône. L’idée du journal intime chemine. « Il en existait déjà mais je me suis mis dans la peau de l’utilisateur, et j’en ai vite constaté les limites. » Ce qui achève de le convaincre de lancer sa propre appli.

Les filles de 12 à 15 ans

Très vite, la sienne fait mouche auprès du public. Boostée par les notes des (jeunes) utilisateurs, son appli se retrouve en tête de gondole sur les boutiques en ligne. De quoi assurer une belle visibilité, encore aujourd’hui, à Handy Diary traduite dans 12 langues. Anglais, français, russe, espagnol, portugais, coréen, japonais, chinois, allemand… « La cible la plus importante reste les filles, âgées de 12 à 15 ans » décrypte le concepteur. A-t-il une idée du support le plus utilisé par ces ados ? « Le téléphone de façon écrasante, à 80 %. »

« Initialement, je m’étais dit que si j’arrivais à 300 téléchargements par jour, je serais content. Aujourd’hui, Handy diary se télécharge quotidiennement au rythme de 18 000 ! »indique l’informaticien, qui a fait le choix de quitter Shangaï, au printemps dernier, pour s’établir à Lannion et y faire prospérer sa petite entreprise, Appeus. Fraîchement installé dans un local situé dans l’espace Ampère, à Pégase, le jeune ingénieur veut ainsi bénéficier de l’« écosystème » de Lannion, propice aux rencontres et partenariats dans le domaine numérique.